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« Au nom du père », série TV danoise

Entretien avec Adam Price, réalisateur de la série  » Au nom du Père »

Les séries sur la foi peuvent souvent sombrer dans l’écueil du grandiloquent. Entre tirades ampoulées, yeux tournés vers le ciel et morceaux de bravoure grand spectacle, elles s’échinent sur leur chemin de croix. Témoin, cette risible La Bible que la chaîne américaine History avait proposé en 2013, et qui entendait retracer, de Noé à Jésus, les grandes heures de l’aventure judéo-chrétienne. Peine perdue car les scénaristes avaient oublié ce qui doit avant tout faire le sel de toute fiction, l’histoire.

C’est, a contrario, ce qu’avaient parfaitement intégré et réussi les auteurs de la série produite par la chaîne franco-allemande Arte en 2012, « Ainsi soient-ils ». Ainsi que ceux de la mini-série allemande de Netflix diffusée en mars dernier, « Unorthodox ». Car, plus que la croyance ou la religion, ces œuvres sérielles s’intéressaient à ces hommes, qui la pratiquent ou qui veulent s’en défaire.

Domination et emprise

« Au nom du père » est de cette trempe là, s’attachant davantage aux passions très humaines d’une dysfonctionnelle famille de pasteurs de Copenhague et aux enjeux de société qu’aux rituels liturgiques. Il faut dire que le showrunner aux manettes des deux saisons de la remarquable série danoise est Adam Price, le plus en vue des scénaristes nordiques, « père » de l’inégalée « Borgen », narrant la trajectoire d’une cheffe de parti centriste devenue Première ministre aux prises avec ses opposants et ses inextricables liens familiaux. Des arcanes du pouvoir politique, Adam Price est donc, tout naturellement, passé à ceux de la souveraineté familiale et religieuse.

Car, là aussi, il est question de domination, d’emprise et de puissance. Dans la famille Krogh, on est pasteur de père en fils depuis 250 ans, pas question d’échapper à la sainte mission. Le père, Johannes, écrasante et ambivalente figure paternelle, intensément interprété par Lars Mikkelsen (The Killing, House Of Cards) qui a décroché un Emmy Award pour ce rôle, y veille en despote colérique, charismatique mais peu éclairé. Ses deux fils, Christian, campé par Simon Sears (Winter Brothers), et August (Morten Hee Andersen, vu dans The Charmer) questionnent son autorité en prenant des chemins, en apparence séparés. Le premier peine à trouver sa voie, qui se veut radicalement différente de celle de son père, jusqu’à incarner une sorte de bouddhiste new âge.

Le second, traumatisé par la mort d’une jeune femme, alors qu’il servait comme aumônier militaire en Afghanistan, a bien du mal à marcher sur les traces paternelles. Elisabeth, leur mère, interprétée par Ann Eleonora Jorgensen (The Killing), épuisée par l’alcoolisme et les infidélités chroniques de son pasteur de mari, qui vient d’être battu aux élections épiscopales – l’Eglise luthérienne évangélique du Danemark est une église d’Etat qui élit ses représentants, est tombée dans le clientélisme et pense en termes de parts de marché ! –, cherche, elle, à vivre et à aimer de nouveau.

Pardonner et se pardonner

C’est sur ce terreau émotionnel instable de transmission intergénérationnelle revisitant le mythe de Caïn et Abel, tout autant que celui d’Abraham et Isaac, que se clôturait la fervente première saison d’« Au nom du père ». Avec des doutes, des interrogations et la mort tragique d’August, incapable de continuer à mentir sur le rôle qu’il avait joué dans l’exécution de la jeune Afghane, incapable de supporter cette mort qui signait aussi la sienne.

La seconde saison intervient dix-huit mois après le décès d’August. Les personnages se débattent avec leurs souffrances, leur désespoir, leur culpabilité et ont bien du mal à pardonner et se pardonner. Le cadre religieux sert de calice à Adam Price et à ses deux coscénaristes, Karina Dam et Poul Berg, pour aborder l’incommunicabilité entre les êtres. Des êtres d’une même famille, qui ont appris à ne pas partager leurs émotions.

De la question centrale de la première saison, « qui prier quand on perd ses repères ? », on glisse fatalement, dans la seconde, à « par quoi ou par qui notre humanité peut-elle remplacer Dieu ? ». Le vivre-ensemble et la solidarité, atteste Adam Price. Et de faire parcourir à ses personnages un long chemin de l’ombre à la lumière pour parvenir à une sorte de rédemption, toute personnelle. Johannes, qui porte, lui aussi, la charge mentale de sa lignée luthérienne rigoriste, va rompre avec l’institution religieuse. Elisabeth va enfin retrouver sa liberté. Christian va renouer avec sa foi. Et tous vont enfin pouvoir faire le deuil d’August, individuellement et collectivement. Une sorte de résurrection familiale, symbolisée par le petit Anton, le fils qu’August n’a pas connu.

« Au nom du père », avec son titre chrétien et psychanalytique, est aussi un miroir tendu aux autres religions monothéistes – nombre de seconds rôles sont musulmans et juifs, et leurs interactions révèlent toutes les failles de la société danoise –, à la proximité, plus qu’aux différences, qu’elle partage. A l’heure où les conflits basés sur des convictions religieuses enflamment le monde, « Au nom du père » propose des pistes de réflexion au lieu de délivrer des réponses.

Humains imparfaits

Avec une efficacité narrative, une mise en scène toute bergmanienne, entre réalisme et fantastique, où un regard en dit plus que de vains monologues, et des images métaphysiques saisissantes – entre autres, celles de la renaissance d’un rouge-gorge, de rideaux volant au gré des vents ou d’une rose qui flétrit sur une nappe –, et une interprétation habitée, cette passionnante série danoise enfonce le clou dans le bois des certitudes : nous ne sommes, athées et hommes de foi, que des humains bien imparfaits. C’est au prix de l’acceptation de cette douloureuse vérité que nous pouvons affronter nos dilemmes moraux. Et apprendre à mieux vivre. Avec nous-mêmes et avec les autres.

« Au nom du père » est un miracle cathodique dont il faudra malheureusement se passer. Adam Price l’a confirmé : il n’y aura pas de troisième saison. Mais le showrunner planche déjà sur une quatrième de « Borgen », qui devra voir le jour en 2022. Tout n’est pas perdu.

 

“Au nom du père”, la nouvelle série spirituelle du créateur de “Borgen”

  • Pierre Langlais de Télérama
  • Publié le 29/11/2018. Mis à jour le 29/11/2018 à 11h39.
« Au nom du père s’intéresse à une erreur aussi vieille que la masculinité : celle de faire porter à nos enfants le fardeau de notre propre héritage. » Adam Price.

Le destin des Krogh, pasteurs depuis des générations, semble scellé… jusqu’à ce que le doute s’insinue. Après le monde de la politique, Adam Price s’attache à décrire la complexité des liens familiaux. Diffusé sur Arte à partir jeudi 29 novembre, la saison 1 est disponible en intégralité sur arte.tv.

En 2012, le scénariste Adam Price travaille à l’écriture de l’ultime saison de Borgen, sa série sur la Première ministre danoise, quand il entend à la radio un reportage sur l’élection de l’évêque de Copenhague. « Je ne savais pas que nous élisions nos ecclésiastiques, se souvient-il. Ça m’a fasciné d’apprendre que nous votons pour les représentants de Dieu dans la société. » Il décide alors de faire de l’Eglise luthérienne, véritable institution étatique, le cadre de son prochain drame, Au nom du père. Sa série met en scène les Krogh, pasteurs de père en fils depuis deux cent cinquante ans. ­Johannes, le patriarche (Lars Mikkelsen), brigue l’épiscopat avec le soutien de son épouse, Elisabeth (Ann Eleonora Jørgensen). Leur fils aîné, Christian (Simon Sears), a rejeté la tradition et cherche maladroitement sa voie, pendant que son petit frère, August (Morten Hee Andersen), prêcheur populaire, peine à donner du sens à sa vocation. Une mission d’aumônier militaire au Moyen-Orient va bouleverser sa vie et celle de toute la famille…

Un Borgen sauce ecclésiastique

Les premiers épisodes d’Au nom du père pourraient évoquer une déclinaison de Borgen, « dans un milieu parfois plus politique encore que la sphère gouvernementale, tant la religion est au cœur des conflits et des grandes questions du moment », analyse Adam Price. Ils décrivent subtilement le fonctionnement de l’Eglise luthérienne, son administration locale et son approche presque commerciale de la foi, avec budget, promotion, événements, etc. « C’est une entreprise qui doit être rentable, mais dont les clients sont vieillissants et qui souffre face à une “concurrence” bien plus jeune », résume le scénariste. Au point de devoir contraindre certains temples à mettre la clé sous la porte, les audiences de leur messe du dimanche n’étant pas satisfaisantes – « un peu comme à la ­télé », poursuit-il.

Plus encore que Borgen, Au nom du père s’appuie sur ce contexte politico-social pour développer une réflexion intime. Elle revisite deux mythes bibliques, Abel et Caïn (ici August et Christian) et, surtout, Abraham et Isaac – « Etes-vous prêt à sacrifier ce que vous aimez le plus, votre fils, pour servir une forme d’absolu ? » interroge Adam Price. « Borgen réfléchissait à la place d’une femme dans la société danoise, à travers la sphère politique. Au nom du père s’intéresse aux relations entre un père et ses fils, à l’image des hommes dans le monde contemporain, et à une erreur aussi vieille que la masculinité : celle de n’aimer ses enfants qu’à l’aune de leur réussite, et de leur faire ainsi porter le fardeau de notre propre héritage. » ­Johannes aurait voulu être peintre. Son père l’a forcé à revêtir l’habit pastoral, et il pense pouvoir contraindre à son tour August et Christian. Deux enfants « qui le regardent comme un dieu », analyse Adam Price, mais qui vont bientôt questionner son autorité, en même temps que leur rapport à la religion.

Du cadre sacré à la difficulté de communiquer

La série fait ainsi vaciller les repères de chacun de ses personnages. « Le doute est omniprésent. Les croyants échouent à trouver des réponses dans leur foi, et les athées voient leurs convictions morales secouées », explique le scénariste. Johannes, pasteur brillant, passionné mais colérique battu aux élections épiscopales, est rattrapé par ses fantômes ; Elisabeth, épuisée par ses divagations, son alcoolisme et son infidélité chronique, se rapproche d’une amie amatrice d’une forme de chamanisme ; August, atteint d’un syndrome post-traumatique sévère, se transforme en bon Samaritain, et Christian part au Népal se ressourcer avec son meilleur ami… C’est sur ce terrain émotionnel instable que la ­série formule peu à peu son questionnement central : « Qui prier quand on perd ses repères, quand le doute l’emporte, quand on remet en question sa foi ? » résume Adam Price.

Johannes, dans les visions mystiques qui l’agitent et qui ponctuent cette première saison d’Au nom du père, s’adresse autant au Seigneur qu’à son ego malade. « Il s’imagine être connecté au Ciel, mais les sentiments qui le tourmentent sont on ne peut plus humains, terre à terre : possession, pouvoir, jalousie… » analyse Adam Price. Sans abandonner son cadre sacré, la série glisse lentement vers un pur drame sur la complexité des liens familiaux et la difficulté de communiquer. Incapables de partager leurs émotions, les membres de la famille Krogh se recentrent, en quête d’une meilleure version d’eux-mêmes. « Nous vivons une époque égocentrique, où l’individualisation s’accentue sans cesse, s’inquiète Price. Il fut un temps où l’Eglise était le ­ciment de la communauté. Nous sommes désormais trop occupés à faire des selfies pour montrer au monde à quel point nos vies sont parfaites. » Dans les ultimes épisodes se dessine une alternative à ce repli égotiste, qui sera au cœur de la seconde saison, résumée ainsi par Adam Price : « Par quoi, ou par qui notre humanité peut-elle remplacer Dieu ? Le vivre-ensemble et la solidarité. »

Barbara (1930-1997):  » Ma plus belle histoire d’amour c’est vous », chanson dédiée à son public écrite en 1966

Cette chanson écrite en 1966 après son triomphe en 1965 à Bobino est dédiée à son public.

Paroles de la chanson » Ma plus belle histoire d’amour » par Barbara
Du plus loin, que me revienne,
L´ombre de mes amours anciennes,
Du plus loin, du premier rendez-vous,
Du temps des premières peines,
Lors, j´avais quinze ans, à peine,
Cœur tout blanc, et griffes aux genoux,
Que ce furent, j´étais précoce,
De tendres amours de gosse,
Ou les morsures d´un amour fou,
Du plus loin qu´il m´en souvienne,
Si depuis, j´ai dit « je t´aime »,
Ma plus belle histoire d´amour, c´est vous,

C´est vrai, je ne fus pas sage,
Et j´ai tourné bien des pages,
Sans les lire, blanches, et puis rien dessus,
C´est vrai, je ne fus pas sage,
Et mes guerriers de passage,
A peine vus, déjà disparus,
Mais à travers leur visage,

C´était déjà votre image,
C´était vous déjà et le cœur nu,
Je refaisais mes bagages,
Et poursuivais mon mirage,
Ma plus belle histoire d´amour, c´est vous,

Sur la longue route,
Qui menait vers vous,
Sur la longue route,
J´allais le cœur fou,
Le vent de décembre,
Me gelait au cou,
Qu´importait décembre,
Si c´était pour vous,

Elle fut longue la route,
Mais je l´ai faite, la route,
Celle-là, qui menait jusqu´à vous,
Et je ne suis pas parjure,
Si ce soir, je vous jure,
Que, pour vous, je l´eus faite à genoux,
Il en eut fallu bien d´autres,
Que quelques mauvais apôtres,
Que l´hiver ou la neige à mon cou,
Pour que je perde patience,
Et j´ai calmé ma violence,
Ma plus belle histoire d´amour, c´est vous,

Mais tant d’hiver et d’automne
De nuit, de jour, et personne,
Vous n´étiez jamais au rendez-vous,
Et de vous, perdant courage,
Soudain, me prenait la rage,
Mon Dieu, que j´avais besoin de vous,
Que le Diable vous emporte,
D´autres m´ont ouvert leur porte,
Heureuse, je m´en allais loin de vous,
Oui, je vous fus infidèle,
Mais vous revenais quand même,
Ma plus belle histoire d´amour, c´est vous,

J´ai pleuré mes larmes,
Mais qu´il me fut doux,
Oh, qu´il me fut doux,
Ce premier sourire de vous,
Et pour une larme,
Qui venait de vous,
J´ai pleuré d´amour,
Vous souvenez-vous?

Ce fut, un soir, en septembre,
Vous étiez venus m´attendre,
Ici même, vous en souvenez-vous?
A vous regarder sourire,
A vous aimer, sans rien dire,
C´est là que j´ai compris, tout à coup,
J´avais fini mon voyage,
Et j´ai posé mes bagages,
Vous étiez venus au rendez-vous,
Qu´importe ce qu´on peut en dire,
Je tenais à vous le dire,
Ce soir je vous remercie de vous,
Qu´importe ce qu´on peut en dire,
Je suis venue pour vous dire,
Ma plus belle histoire d´amour, c´est vous…

Divers documents pdf:
Conférence sur Barbara
courte biographie de Barbara

 

Le 6 décembre 2017 : décès de Johnny Hallyday ( 1943-2017)

Publié le 06 Décembre 2017 par Emmanuel Macron après la mort du chanteur le 6 décembre 2017 0 Marnes-la-Coquette
Discours du Président de la République le jour de l’ hommage populaire du samedi 9 décembre 2017
Propos sur le discours pour Johnny d’Emmanuel Macron


Les liens internet depuis le site web de « The Independant », the UK newpaper
Johnny 1
Johnny 2
Johnny 3
Johnny 4

Egon Schiele , film de Dieter Berne


♥♥ « Egon Schiele », par Dieter Berne. Film autrichien avec Noah Saavedra, Maresi Riegner, Valerie Pachner (1h49). Egon Schiele : 1890-1918

Ce fut une année terrible. Parce qu’il y avait la guerre. Parce qu’il y eut aussi, comme si la folie des hommes n’avait pas suffi, la grippe espagnole. Le peintre Egon Schiele échappa au champ de bataille. Mais le 31 octobre 1918, trois jours après son épouse – alors enceinte de six mois –, il fut emporté par la terrible épidémie. Il avait 28 ans. Dessinateur, peintre, il venait d’accéder à la notoriété tant à Vienne – la ville où il résidait et où il est mort – que dans le reste de l’Europe.

Sa brève carrière fut aussi marquée par le scandale. Sexe, peinture et malédiction : un sujet en or pour un cinéaste ! Dieter Berner pourtant ne force pas la note. S’il évoque en effet cet épisode de l’année 1912 au cours duquel l’artiste viennois fut accusé (à tort) d’avoir eu une relation sexuelle avec une mineure, il n’en fait pas le cœur de son film. L’essentiel pour lui s’inscrit dans les relations que Schiele noue avec ses modèles, sa sœur Gerti, son amante Wally (ancien modèle de Gustav Klimt) et sa sobre épouse, Edith. Ambigus ou amoureux, ses rapports avec ces femmes sont présentés dans le film comme autant de sources d’inspiration, toutes génératrices d’approches et de styles distincts.
Grand frère face à sa sœur, esprit sulfureux face à sa maîtresse aimante et sensuelle, Schiele devient un aimable portraitiste quand il place son chevalet (et son miroir, indispensable accessoire pour lui) devant son épouse. Mais la fièvre du dessin et de la peinture demeure : Schiele ne vit que pour dessiner, pour peindre. En privilégiant l’exploration de cette veine créatrice, Dieter Berner est contraint de jouer la carte du mode intimiste. L’atelier devient le lieu de tous les désirs et de toutes les tensions. La sobriété de la mise en scène est à l’image des portraits de Schiele, privilégiant les cadrages serrés. Mais les plans successifs ne laissent guère deviner la violence des traits et de la peinture.

Pour Berner, l’esthétique de Schiele se construit essentiellement à travers son rapport au corps des femmes. C’est oublier qu’il a réalisé quantité de portraits d’hommes ainsi que des paysages. La biographie n’est donc pas complète. Cela dit, le film ne laisse pas indifférent dans la mesure où il replace Schiele au cœur de l’univers qui fut le sien, entre lumière et doute, violence et solitude. Un critique autrichien disait qu’avec toutes les pierres qu’on lançait sur Egon Schiele, on pourrait faire un jour un monument. Ce film, à sa façon, en est un. Modeste, mais quand même.

Le tableau « Mort et jeune fille » dans lequel Egon Schiele immortalise le grand amour de sa vie, Wally.

Bernard Géniès : source : Le Nouvel Observateur. le 16 août 2017