{"id":6957,"date":"2018-05-21T13:53:16","date_gmt":"2018-05-21T12:53:16","guid":{"rendered":"https:\/\/www.labelleviededaniel.fr\/?page_id=6957"},"modified":"2018-05-21T13:58:27","modified_gmt":"2018-05-21T12:58:27","slug":"lordre-du-jour-deric-vuillard-prix-goncourt-2017-publie-chez-actes-sud","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.labelleviededaniel.fr\/?page_id=6957","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0l&rsquo;ordre du jour\u00a0\u00bb d&rsquo;Eric Vuillard, prix Goncourt 2017, publi\u00e9 chez Actes Sud"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.labelleviededaniel.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/lordre-du-jour.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-6958 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.labelleviededaniel.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/lordre-du-jour.jpg\" alt=\"\" width=\"179\" height=\"338\" srcset=\"https:\/\/www.labelleviededaniel.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/lordre-du-jour.jpg 179w, https:\/\/www.labelleviededaniel.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/lordre-du-jour-159x300.jpg 159w\" sizes=\"auto, (max-width: 179px) 100vw, 179px\" \/><\/a><\/p>\n<p>LE MONDE DES LIVRES | 06.11.2017 \u00e0 12h54 \u2022 Mis \u00e0 jour le 07.11.2017 \u00e0 07h26 | Par Rapha\u00eblle Leyris<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9crivain Eric Vuillard lors de son arriv\u00e9e au restaurant Drouant pour y recevoir le prix Goncourt, \u00e0 Paris, le 6 novembre.<br \/>\nC\u2019est peu de dire que le Goncourt ne semblait gu\u00e8re \u00e0 \u00ab l\u2019ordre du jour \u00bb pour Eric Vuillard, tant le neuvi\u00e8me livre de l\u2019\u00e9crivain paraissait cumuler les handicaps, en d\u00e9pit de sa pr\u00e9sence parmi les finalistes du c\u00e9l\u00e8bre prix. En effet, il est paru en mai, non \u00e0 la rentr\u00e9e litt\u00e9raire (le dernier cas de livre printanier prim\u00e9 en novembre remonte \u00e0 1998 : Confidence pour confidence, de Paule Constant) ; il a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 par la maison d\u2019\u00e9dition que dirigeait encore il y a six mois Fran\u00e7oise Nyssen, la ministre de la culture, et les observateurs estimaient que cela pourrait para\u00eetre complaisant que de couronner ainsi un livre Actes Sud ; enfin, comme tous les textes d\u2019Eric Vuillard, L\u2019Ordre du jour est un \u00ab r\u00e9cit \u00bb, non un roman \u2013 bien des ouvrages, \u00e0 l\u2019image du Royaume, d\u2019Emmanuel Carr\u00e8re (POL, 2014), se sont vu refuser la simple \u00ab s\u00e9lection \u00bb au Goncourt parce qu\u2019ils ne relevaient pas de la fiction.<\/p>\n<p>La force de ce court texte a balay\u00e9 toutes ces pr\u00e9ventions et r\u00e8gles semi-tacites, l\u2019imposant au troisi\u00e8me tour de scrutin, par six voix contre quatre \u00e0 Bakhita, de V\u00e9ronique Olmi (Albin Michel) \u2013 les deux autres auteurs en lice \u00e9taient Alice Zeniter, pour L\u2019Art de perdre (Flammarion), et Yannick Haenel pour Tiens ferme ta couronne (Gallimard).<\/p>\n<p>L\u2019Ordre du jour est un livre d\u2019une puissance sid\u00e9rante dans sa simplicit\u00e9. En 160 (petites) pages, il montre comment \u00ab les plus grandes catastrophes s\u2019annoncent souvent \u00e0 petit pas \u00bb et \u00ab soul\u00e8ve les haillons hideux de l\u2019histoire \u00bb pour raconter la marche vers l\u2019ab\u00eeme de l\u2019Europe \u00e0 travers deux moments.<br \/>\n<strong>\u00ab Moment unique \u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Le premier, c\u2019est une r\u00e9union du 20 f\u00e9vrier 1933, o\u00f9 vingt-quatre puissants patrons allemands (Krupp, Opel, Siemens\u2026), re\u00e7us par Hermann G\u00f6ring et Adolf Hitler, devenu chancelier un mois plus t\u00f4t, sont exhort\u00e9s \u00e0 financer la campagne du parti nazi pour les l\u00e9gislatives, et s\u2019ex\u00e9cutent. \u00ab Ce moment unique de l\u2019histoire patronale, une compromission inou\u00efe avec les nazis, n\u2019est rien d\u2019autre pour les Krupp, les Opel, les Siemens, qu\u2019un \u00e9pisode assez ordinaire de la vie des affaires, une banale lev\u00e9e de fonds. Tous survivront au r\u00e9gime et financeront \u00e0 l\u2019avenir bien des partis \u00e0 proportion de leur performance \u00bb, \u00e9crit, grin\u00e7ant, l\u2019auteur.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me moment, celui auquel il se consacre le plus longuement, c\u2019est l\u2019Anschluss, l\u2019annexion de l\u2019Autriche par l\u2019Allemagne, le 12 mars 1938. Il remonte en r\u00e9alit\u00e9 un mois plus t\u00f4t, \u00e0 la rencontre entre Adolf Hitler et le chancelier autrichien Kurt von Schuschnigg ; le 12 f\u00e9vrier, \u00e0 Vienne, note Vuillard, \u00ab c\u2019est carnaval : les dates les plus joyeuses chevauchent ainsi les rendez-vous sinistres de l\u2019histoire \u00bb.<br \/>\nLe grotesque et le tragique ne cessent de se m\u00ealer dans ce r\u00e9cit au fil duquel Vuillard choisit des sc\u00e8nes v\u00e9ridiques et m\u00e9connues (comme la panne des \u00ab panzers \u00bb, r\u00e9put\u00e9s infaillibles, \u00e0 peine la fronti\u00e8re autrichienne franchie, ou comme le d\u00eener donn\u00e9 \u00e0 Londres par le premier ministre Chamberlain durant lequel Joachim von Ribbentrop, tout neuf ministre nazi des affaires \u00e9trang\u00e8res, abusa de la politesse de son h\u00f4te afin de retarder la r\u00e9ponse britannique \u00e0 l\u2019Anschluss). Il le fait pour d\u00e9tricoter les mythes \u00e0 la peau dure, mettre au jour, avec pr\u00e9cision et ironie, \u00ab l\u2019aspect poisseux des combinaisons et des impostures qui font l\u2019histoire \u00bb.<\/p>\n<p>Se faufiler dans les coulisses d\u2019\u00e9v\u00e9nements historiques, et donner \u00e0 voir l\u2019envers du d\u00e9cor, r\u00e9v\u00e9ler la part secr\u00e8te de grotesque, de b\u00eatise, de contingence, d\u2019ennui et\/ou de l\u00e2chet\u00e9, qui y men\u00e8rent\u2026 Telle est la m\u00e9thode Vuillard. N\u00e9 \u00e0 Lyon en 1968, l\u2019\u00e9crivain, \u00e9galement cin\u00e9aste (L\u2019homme qui marche, 2006, Matteo Falcone, 2008), est convaincu que \u00ab l\u2019histoire est un spectacle \u00bb, comme il l\u2019\u00e9crit dans L\u2019Ordre du jour, ou, comme l\u2019annon\u00e7ait l\u2019incipit du superbe Tristesse de la terre (Actes Sud, 2014), que \u00ab le spectacle est l\u2019origine du monde \u00bb.<\/p>\n<p><strong>Contre l\u2019oubli<\/strong><\/p>\n<p>Entr\u00e9 en litt\u00e9rature avec Le chasseur (Michalon, 1999), une fiction \u00e0 part dans son \u0153uvre, il a explor\u00e9, de sa plume magnifiquement rigoureuse, o\u00f9 pointes de lyrisme et de sarcasme se concurrencent, la chute de l\u2019empire inca dans Conquistadors (Leo Scheer, 2009), la conqu\u00eate coloniale dans Congo (Actes Sud, 2012), la premi\u00e8re guerre mondiale dans La Bataille d\u2019Occident (Actes Sud, 2012), la R\u00e9volution fran\u00e7aise dans 14 juillet (Actes Sud, 2016\u2026<\/p>\n<p>Contre l\u2019empois et contre l\u2019oubli, il \u00e9crit des r\u00e9cits g\u00e9n\u00e9ralement courts (\u00e0 l\u2019exception de Conquistadors), estimant, comme il le disait aux Assises internationales du roman de 2014 : \u00ab La litt\u00e9rature est une fable qui d\u00e9grise des fables, elle d\u00e9crotte les aur\u00e9oles de leurs dorures, puis elle les brise. (\u2026) Aujourd\u2019hui, le r\u00e9cit est peut-\u00eatre l\u2019un des noms de cette lente rupture avec la fable. L\u2019imagination y d\u00e9faille. La fiction devient autre chose, \u00e0 mesure qu\u2019elle se d\u00e9fait du mythe. \u00bb<\/p>\n<p>Avec L\u2019Ordre du jour, r\u00e9cit secouant les images et les mythes, texte contre la veulerie et la r\u00e9signation de toutes les \u00e9poques, c\u2019est un livre fulgurant, d\u2019une tr\u00e8s longue port\u00e9e en d\u00e9pit de sa bri\u00e8vet\u00e9, que les Goncourt ont fait le choix de couronner.<\/p>\n<p>La critique de T\u00e9l\u00e9rama sur ce livre:<\/p>\n<div class=\"fiche--intro\">\n<div class=\"field field-name-field-web-teaser field-type-text-long field-label-hidden\">\n<div class=\"field-items\">\n<div class=\"field-item even\">Par une s\u00e9rie d&rsquo;instantan\u00e9s, Eric Vuillard fixe son singulier rendez-vous avec l&rsquo;Histoire. La mont\u00e9e au pouvoir des nazis comme on ne l&rsquo;a jamais lue.<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Depuis <i>La Bataille d&rsquo;Occident<\/i> et <i>Congo<\/i> (2012) jusqu&rsquo;au pr\u00e9sent <i>L&rsquo;Ordre du jour,<\/i> passant par<i> Tristesse de la terre<\/i> (2014) ou <i>14 Juillet<\/i> (2016), Eric Vuillard ne cesse de r\u00e9inventer sa position d&rsquo;\u00e9crivain face \u00e0 l&rsquo;Histoire. Persuad\u00e9 qu&rsquo;il est de la capacit\u00e9 du r\u00e9cit de s&rsquo;immiscer dans les faits av\u00e9r\u00e9s, \u00e0 s&rsquo;infiltrer dans la chronologie certifi\u00e9e, pour non pas corrompre la v\u00e9rit\u00e9 historique ou broder sur elle, mais la regarder autrement. L&rsquo;incarner. La d\u00e9construire lorsque le mythe a fini par y prendre trop de place. Scruter l&rsquo;intime que n\u00e9glige toujours l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e. Il n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 ouvrir <i>L&rsquo;Ordre du jour<\/i> et \u00e0 en commencer la lecture pour \u00eatre saisi d&#8217;embl\u00e9e par cette d\u00e9marche singuli\u00e8re. Nous voici d&rsquo;abord projet\u00e9s le 20 f\u00e9vrier 1933, un lundi de froid et de brume. Ce jour-l\u00e0, vingt-quatre barons de l&rsquo;industrie allemande ont rendez-vous au Reichstag, \u00e0 l&rsquo;invitation de son pr\u00e9sident, Goering, pour y rencontrer Hitler. Vuillard d\u00e9crit le ballet des berlines noires qui s&rsquo;avancent une \u00e0 une dans la cour, les vingt-quatre messieurs qui successivement en sortent, puis arpentent les salons&#8230; Au terme de leur visite, les nobles messieurs verseront leur g\u00e9n\u00e9reuse obole au parti nazi. Quelques pages plus tard, nous serons au Berg\u00adhof, la r\u00e9sidence bavaroise du d\u00e9sormais chancelier du Reich, dans le secret d&rsquo;un t\u00eate-\u00e0-t\u00eate inou\u00ef entre le dirigeant nazi et le f\u00e9brile chancelier autrichien Schuschnigg. Plus tard on partira \u00e0 Londres, o\u00f9, en pr\u00e9sence de Churchill, Chamberlain re\u00e7oit \u00e0 d\u00e9jeuner l&rsquo;ex-ambassadeur Ribbentrop \u2014 nous sommes le 12 mars 1938, l&rsquo;Anschluss est en marche&#8230; Ces sc\u00e8nes saisissantes s&rsquo;ajoutent les unes aux autres pour retracer l&rsquo;inertie coupable, la succession de l\u00e2chet\u00e9s, de bassesses, de compromissions qui ont men\u00e9 \u00e0 l&rsquo;annexion de l&rsquo;Autriche par l&rsquo;Allemagne. La d\u00e9monstration d&rsquo;Eric Vuillard est limpide, cinglante, implacable. \u2014 Nathalie Crom<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; LE MONDE DES LIVRES | 06.11.2017 \u00e0 12h54 \u2022 Mis \u00e0 jour le 07.11.2017 \u00e0 07h26 | Par Rapha\u00eblle Leyris L\u2019\u00e9crivain Eric Vuillard lors de son arriv\u00e9e au restaurant Drouant pour y recevoir le prix Goncourt, \u00e0 Paris, le 6 novembre. 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