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« Soudain » film de Hamaguchi Ryusuke, 2026, 3h16 avec Virginie Efira et Tao Okamoto

Critique du film : Source : Mini-Gazette du Jean Eustache, N° 560, par Maelis Kergrohenn

Soudain, conte philosophique entre Paris et le Japon, nous invite à suivre dès ses prémices deux femmes que, sur le papier, tout sépare, si ce n’est peut-être le japonais et le français, que toutes deux parlent impeccablement. C’est pourtant philosophiquement qu’elles se retrouvent, au fil d’une longue conversation quasi ininterrompue : une même vision du monde, une même volonté de le changer. Marie-Lou, brillamment interprétée par Virginie Efira, implante l’« humanitude » dans l’EHPAD où elle travaille, pour une relation soignant·e-patient·e plus humanisante. Mari, elle, donne à son art une portée toute politique, par ses sujets comme par l’attention qu’elle porte aux autres.

C’est là qu’elles se rejoignent : quand Marie-Lou laisse les patient·es se déplacer debout au risque de tomber, Mari laisse le petit-fils autiste de son interprète interrompre son spectacle à sa guise. La société n’est plus un moule où coincer les individus, mais un espace qui s’adapte à elle·eux. Si la chute est inévitable, pour les résident·es comme pour Mari et son cancer, il ne s’agit pas d’attendre la mort assis·es, mais plutôt de se lever dignement les un·es grâce aux autres, quitte à chuter parfois, loin d’une société capitaliste qui contraint nos corps et nos âmes.

Quand c’est la mort qui entoure ces deux femmes au quotidien, c’est pourtant à la vie que s’attache Soudain, et à comment bien vivre. Comment prendre soin des autres ? Qu’est-ce que la dignité ? Comment s’échapper d’un système qui ne vise qu’à la survie ? Comment prendre le temps ? Telles sont les réflexions qui traversent les protagonistes.

Prendre soin de soi et des autres est, et doit être politique, tel est le cri du cœur de Ryūsuke Hamaguchi dans ce film, qui s’oppose à la frilosité de certain·es réalisateur·ices (comme à la Berlinale récemment) : l’art est politique, et il entend bien en prendre toute la mesure. – Maëlis Kergrohenn